Retour en selle! Ma dernière réelle étape remonte déjà à plus de 10 jours sur une belle île isolée dans l’Atlantique Nord.
Mais le moment est propice pour entamer une nouvelle chevauchée avec un corps et un esprit revigoré. Et un ciel ensoleillé.
Alors que je ressentais plutôt un saut dans le vide au début de mon voyage, j’ai plutôt l’impression de surfer sur la vague cette fois. Non sans, il est vrai, une certaine appréhension dans ce nouvel environnement.
Rapidement le sentiment sur la route est bon. Les automobilistes s’écartent avec autant de marge que la largeur de leur véhicule. Appréciable!
En traversant ma première ville, un homme me lève son chapeau en promenant son chien.
Je fais connaissance avec mes premières routes, mes premiers champs. Mes premières visions de ce Nouveau Monde défilant sous mes yeux au rythme de mes manivelles.
Je me sens comme un gosse qui découvre les premières pages d’une bande dessinée de Lucky Luke (ma préférée durant mes jeunes années).
Je rêve déjà de grands espaces, de découvertes, de conquêtes intérieures et d’enchantements.
La première étape me gratifie d’un vrai bain de lumière conclut dans les reflets obscures d’un lac.
Nourriture et autres attracteurs d’ours bien cachés. Me voilà récupéré par Morphée au son des canards et des camions vrombissants à travers la nuit.
L’État du Montana se révèle à moi. Des routes en gravier au dénivelé bien présent, des forêts denses.
Face à la sécheresse de mon gosier, les rivières deviennent mes meilleurs alliés.
Quant à la présence des ours, les « bears box » des campgrounds sont les bienvenues. Surtout lors de mes fins d’étape flirtant toujours avec la nuit.
Une nuit agitée réveillé par les fortes averses giflant ma toile de tente. Quelques heures d’accalmie ensuite pour profiter d’un doux réveil.
Et sentir mon corps accueilli par une eau claire révélée par les premiers rayons du soleil. Bien plus que laver ma peau, c’est rentrer en connexion profonde avec cette nature d’une puissante beauté.
Tente séchée, énergie emmagasinée… le regard sur la montre et un rapide calcul donnent une réponse approximative sur l’heure d’arrivée à la prochaine destination.
Mais les interrogations ponctuent souvent les débuts d’étape. Mon corps va-t-il supporter la charge? Dans quel état seront les routes empruntées? Quelles seront les rencontres sur mon chemin?
Et les kilomètres défilent plus ou moins vite. Ne jamais cesser d’y croire. Et quand le col est atteint. Mon souffle à peine repris, qu’il est déjà coupé par cette immensité d’espace et de forêts.
Les États-Unis s’offrent à moi. Je m’engouffre dans un singletrack pour quelques minutes de pilotage magique.
A flanc de coteau, entre fleurs et forêt brûlée, le sentier me procure de belles sensations malgré mon destrier très chargé.
Je file désormais à vive allure sur des pistes larges. Paré au décollage! Une folle impression de liberté.
Les plaines succèdent aux forêts. Le vent, en veille, se réveille. Il me rappelle la rudesse de sa présence en lui faisant face.
Quant aux lumières, elles baissent. Tout comme la température. Bientôt me voilà au sommet de l’ultime montée. Le soleil a tiré sa révérence pour quelques heures.
La nuit m’enveloppe comme toutes ces couches de vêtements pour braver le froid et un terrain loin d’être roulant.
Les ultimes kilomètres ne sont pas un chemin de croix. L’espérance tient dans les lumières et les calories à venir dans mon point d’arrivée.
Je retrouve réconfort auprès de la « gas station » et surtout dans ce bar avec un peu de chaleur et un mets frit.
La nuit, déjà bien entamée, se fait dans le « backyard » sous les étoiles.
Le matin, je découvre une « nouvelle ville ». Les lumières ont été remplacées par les rutilantes voitures historiques. Jour de fête, tout comme le soleil.
Passage habituel à la « grocery » pour refaire les stocks alimentaires et poursuivre la route.
Raide, exigeante, mais gratifiante une fois le point de bascule atteint.
Les plateaux se dessinent, les vaches apparaissent, les lumières baissent à nouveau. L’heure file. Au loin le son du train, sous mes pieds le sol défile, et mon rêve défile sous mes yeux.
Une longue descente pour conclure une autre journée dans les lumières artificielles de la ville mais dans une réalité augmentée!
La fatigue n’a rien d’irréelle, elle. Après 4 jours d’efforts, mes jambes sont dures. Je retrouve avec joie ce magnifique camp pour les cyclistes et randonneurs en arrivant à Helena. Chef-lieu de l’état du Montana.
J’y reste pour 2, plutôt 3, finalement 4 nuits pour y vivre du repos. Entre temps, je retrouve aussi Linda, rencontré à Whitefish, qui est de passage dans le coin.
Les occupations sont multiples et passionnantes. Lessive, mécanique, musée, écriture, réparations, repas, douches, bains thermaux.
Conrad, le propriétaire des lieux, m’ouvre même les portes d’un sauna fumé pour une session au bout de la nuit.
Instant d’éternité. Inattendu. Une gorgée de bière sous les étoiles d’une nuit déchirée par les sirènes régulières des trains marchandises.
Mes 2 chaînes neuves et un plateau retranché de 2 dents m’invitent à revenir sur la route sur ce relief montagneux du Montana.
Je quitte la ville. En me voyant, une femme, passant la tondeuse dans son jardin, brandit un poing levé vers le ciel. Good vibe!
La chaleur me sèche avant que la route se transforme en chaos. La voie est défoncée. Quoiqu’il en soit, il faut toujours trouver un moyen d’avancer. Adoucir sa route, coûte que coûte.
Je quitte enfin ce secteur compliqué de « Lava Mountain » pour retrouver une piste descendante menant à la petite bourgade de Basin.
Au détour d’un virage, je rejoins 3 américains, eux aussi sur la « Divide ». Anton & Ron qui partage la route avec Jeff rencontré depuis peu.
On se laisse glisser jusqu’à la localité. Alors que j’envisageais terminer plus loin ma journée, l’idée de partager un souper avec ces gaillards a triomphé.
D’entrée de jeu, les vibrations dans ce patelin sont particulières. L’accueil des locaux est chaleureux. Judi, l’adorable patronne du bar « Silver Saddle » nous ouvre les portes du Community Hall pour la nuit.
Après le repas, je m’autorise quelques pintes au bar qui m’offrent des rencontres et des discussions intéressantes. Du musicien passionné, au vétéran d’Afghanistan, l’Amérique se dévoile.
Au réveil, j’hésite encore un instant. Continuer ma route au soleil ou vivre le lieu. Un karaoké est prévu le surlendemain soir.
J’y suis, j’y reste!
Alors que mes brefs compagnons de route remontent en selle, j’ai préféré dompter la Selle d’argent pour un temps.
Un « détour » par la ville de Boulder à 15 miles pour y trouver de la nourriture pour quelques jours .
Et un retour à travers les montagnes, des vallées paisibles en forêts détruites. Tous les chemins mènent finalement à Basin.
Retour au bar après finalement une longue journée sur le vélo. Le prix contenu de la pinte invite à profiter du bon cidre à la hauteur des efforts consentis.
La soirée avance et les échanges se tissent. Il y a de ces lieux magiques où la vie s’exprime simplement. Où la diversité des trajectoires se rejoignent pour le meilleur.
Me voilà accoudé au même bar avec; Jack, un ancien triathlète professionnel des années 1980, Carl, un ingénieur du coin aux racines asiatiques qui a voyagé aux 4 coins du globe pour y transmettre son savoir (et fan de long trails - 200 miles), Jon, le musicien adepte de Bluegrass & Daniel, ce solide gaillard local attachant.
Je me retrouve à pousser la chansonnette sur des airs de System of Down, The Cranberries etc. avec cette fine équipe :)
Minuit largement passé, je quitte le « Silver Saddle » encore en cuissard, la poussière sur mes mollets, des étoiles dans les yeux.
Les réveils, ici, me rappellent aux quelques excès de la veille. Mais l’appel est toujours vers le haut. En ce jour, je réponds à celui de Jack Mountain pour y contempler d’un peu plus haut cette prospère région minière de la fin du 19ème siècle.
Une sacrée épreuve pour atteindre ce tas de cailloux mais les ambiances qui en découlent valent largement le coup dans cet automne naissant.
Au retour de la montagne, j’accueille avec joie l’initiative de Daniel qui me proposait la veille d’aller voir un match de hockey (Ligue 3HL) à Helena avec son fiston et un ami.
Au terme d’un match haletant, les « Bighorns », l’équipe locale, l’emporte 4 à 1. Et je ressors vainqueur d’une nouvelle expérience authentique dans cette culture américaine.
De retour à Basin, après un début timide, le karaoké s’emballe. La soirée s’étire. Je rejoins mon sac couchage pour une longue nuit. Ce samedi matin, il fait tout gris. Je profite de mon spacieux abri.
Le soir, un dernier burger, les dernières gorgées de cidre et les adieux envers ces amis éphémères mais hautement authentiques.
Si Basin est vide de ses mines, elle est bien riche de ses âmes!
Thank you so much Judi for your warm welcome and the love you show to the Dividers. My prayers go out to you and Dixie. Take care & keep alive these beautiful vibes in Basin!
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Merci d’avoir lu la Route de la Sève.
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Wonderful tales and pictures. Thank you for posting.