Dégringol'Alpes [1/3] - De la maison à la mer
Une odyssée à deux roues. Des sentiers valaisans aux Alpes maritimes.

Première partie [Le Châble > Les Arcs 1800]
Mi-juillet 2025
22h30, Lutry gare. Un train qui se refuse à moi. Encore une bière. De renversants pourcentages dans le Lavaux pour atteindre un lit et une courte nuit.
Mise en action un peu rocambolesque pour une traversée alpine. Mûrie depuis quelques mois, l’idée prend vie en ce 17 juillet. Gilles & Thomas sont rejoints en gare d’Evionnaz tandis que Pierre opte déjà pour une rallonge à la pédale.
Le soleil est éclatant ce matin-là, ça fourmille de toute part dans le chef-lieu bagnard. Tranquillement arrivés en train, nous attendons brièvement Pierre pour entamer définitivement notre projet intitulé “Dégringol’Alpes”. Comprenez par là un savant mélange de descentes…et de montées en suivant la chaîne de montagne des Alpes jusqu’à la mer Méditerranée.
15 étapes programmées et autant de logements réservés à rallier par des sentiers savamment et longuement sélectionnés. En quittant Le Châble, le fumet du bouillon “excitation-appréhension” nous chatouille les narines. Il est l’heure. En route!
Par la Fenêtre
Pour démarrer notre périple, notre trace nous mène au fond du Val de Bagnes. Les récentes intempéries nous obligent à emprunter un sentier raide plutôt que la douce route à hauteur de Lourtier. Le cadre est posé. Souffle court, dos tendu… on prend le rythme d’un voyage itinérant en groupe, une première pour nous quatre. Retour sur le bitume, Fionnay, Bonatchiesse…
Chacun y va de son coup de pédale. Les flancs de la vallée sont superbes avec de belles cascades luisant sous les rayons solaires. Petit break au sommet du mur du Mauvoisin avant de s’engouffrer pleinement dans le Haut Val de Bagnes. Contrée vaste et sauvage, le temps de dire au revoir à notre beau Valais
Progression pédestre alternée par quelques tours de roues plus ou moins long selon la vigueur variée des cyclistes. Quelques tâches neigeuses. 2797 mètres, Fenêtre Durand. Premier col d’une longue série. Lieu frontière. Passage symbolique.
Devant nous, les montagnes s’étendent encore à perte de vue. L’aventure démarre réellement avec cette dégringolade initiale dans la Vallée d’Aoste…qui nous rappelle d’emblée l’exigence du terrain alpin.
A mesure de notre avancée, les chemins deviennent plus amicaux entrecoupés de quelques côtes bien senties. Un long bisse (Ru di By) nous mène sur les hauts d’Étroubles; une chute sans conséquences, un peu de “jardinage”… les dégâts forestiers sont encore bien présents suite aux chutes de neige tardives du mois d’avril.
On se fraye un chemin avec plaisir et engagement dans ces forêts avec une joli florilège d’épingles dans un terrain ultra sec. Et on garde l’élan pour atteindre l’épicerie du village et partager un premier apéro bien mérité!
Soirée à l’hôtel Serena à Étroubles, les rires sont encore de la partie, le moral est bon, l’envie est là.
La Croix, ce salut éternel
Départ en fanfare le lendemain avec Gilles qui met du rythme sur le canal du “Ru Neuf” qui domine les villages de Gignod, Excenex et Arpuilles. Un magnifique bisse roulant où les lueurs matinales se marient au vol de la poussière.
On prend ensuite un peu d’altitude avec une longue montée au revêtement plus ou moins roulant selon les parties. Versant Sud, le soleil tape. Sous les yeux de la Punta Chaligne et du Mont Fallère au loin, il est désormais tant de goûter aux joies de la pente inversée. Les paysages sont grandioses.
Une alternance de pistes, sentiers monotraces, montées bien raides pour traverser le plateau de Vetan et rallier le joli village de Vens où sa fontaine nous offre un rafraîchissement bienvenue en cette journée presque caniculaire.
Plusieurs enjambements d’arbres entravent notre avancée et l’heure tourne. La descente reliant Vedun à La Salle, certes parfois technique et exposée, nous redonne le sourire. Tout comme cette épicerie de la Salle qui ouvre à notre arrivée et nous permet de reprendre quelques forces avant la prochaine ascension du bien nommé Colle San Carlo.
L’objectif est ensuite de rallier La Thuile à une heure décente. Nous empruntons la route du Colle San Carlo. Des pourcentages variables, tout comme l’influx des protagonistes. Tantôt subjugués par les effets du repas précédent combiné au dragées sucrées, tantôt embêtés par des maux musculaires. Deux groupes se créent avec quelques minutes d’écart. Le gruppetto est encore loin.
Au col, ça n’emmène pas large pour certains. On fait le bilan: 2 options, (1) descente douce directe sur la Thuile pour profiter du spa et d’un temps de repos, (2) ascension du Colle della Croce, nécessitant une petite une petit demi-heure de poussage après une première approche pédalante. Et surtout l’assurance d’une descente de feu.
Réflexions contrastées au sein du groupe. Météo, envie, forces, avenir… autant d’éléments dans la marmite de la décision. Bien que la tendance soit plutôt au schisme, une petite heure plus tard nous voilà finalement tous réunis au “col de la Croix” caressés par le vent et une fine pluie.
Mais surtout ce sentier sinueux qui se dessine et qui nous porte avec délectation jusqu’à la station de la Thuile. Rapide prise de contact à l’hôtel, après quelques palabres, on trouve de quoi manger sur une terrasse. Posés, 20 heures, encore en cuissard, sacrée journée…avant la suivante!
La Rosière arrosée
Après deux journées ensoleillées, les prévisions sont clairement moins radieuses pour les prochaines heures. Un départ poussif, le petit crachin entamant quelque peu la motivation de certains. On atteint toutefois le sommet du domaine skiable de la Thuile dans un épais brouillard et une réelle fraîcheur.
Descente sur les pistes de ski avec en ligne de mire le col du Petit St-Bernard, marquant notre passage en France, avant une seconde ascension au sommet du Roc Noir réalisée sous une pluie battante. Rapide changement de tenue à peine abrités par une gare d’arrivée de télésiège.
La perte d’altitude nous réchauffe quelque peu mais la seule descente jusqu’à La Rosière, en partie sur le bike park, a suffit à nous détremper. Tandis que la pluie ne faiblit pas, nous reprenons un instant la route direction le Petit St-Bernard pour rallier un sentier.
Très technique et pentu dans sa partie sommitale, la suite s’avère ô combien sympathique avec un mélange de terre et de racines, certes, à dompter avec les conditions du moment. Un beau moment de pilotage un peu protégé par les conifères.
Une sacrée dégringolade de plus de 1300 mètres avant de remonter en direction de la station des Arcs. Une pause pour remettre du carburant et adapter nos accoutrements pour éviter la surchauffe.
Quelques choix d’itinéraires discutables durant la montée amènent quelques tensions dans notre collectif. On se retrouve finalement quelques centaines de mètres de dénivelé plus haut. On débriefe pour finir l’étape par la voie la plus directe jusqu’aux Arcs 1800, lieu d’arrivée de cette humide étape.
Après un apéro bienfaisant dans la station, les vélos méritent aussi un bon lavage, et certains de nos corps profitent même du sauna et du spa disponible dans notre établissement.
Quelques pas de marche pour rejoindre le centre et se sustenter sans calcul en vue des prochaines étapes. Cette soirée est la dernière à quatre. Comme prévu initialement, Thomas quitte la troupe le lendemain pour retourner en Suisse.
Merci d’avoir lu La Route de la Sève.
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Des beaux souvenirs !! Merci pour ces quelques mots !