Dégringol'Alpes [4/4] - De la maison à la mer
Une odyssée à deux roues. Des sentiers valaisans aux Alpes maritimes.
Quatrième partie [Guillaumes > Nice]
Sur le fil
Petit-déjeuner en solitaire ce matin. On a opté pour une stratégie différente pour ce début de journée. Gilles rejoint Valberg par la route principale pour arriver à l’heure d’ouverture du magasin de cycles. Pour ma part, un départ un peu plus tardif pour emprunter un itinéraire plus aventureux et le rejoindre par la suite.
Les premiers kilomètres se passent sur la route goudronnée des Bouchanières. Le soleil cogne déjà. Bientôt un sentier exigeant reprend ses droits. En haut, en bas, du technique, du poussage. D’entrée de jeu dans le vif avec en prime sur une superbe descente sur Péone.
Je rejoins la D29 et monte bon train pour atteindre Valberg à mon tour en espérant une issue heureuse pour Gilles.
Ça y est! Je le retrouve souriant avec finalement un frein arrière complet neuf (pour des facilités mécaniques). L’aventure peut se poursuivre ensemble!
On reprend des forces devant la petite église du lieu avec un bon pique-nique. Et on redémarre pour se rapprocher de notre objectif du jour, la station encore bien éloignée de La Colmiane.
Une douce ascension sur piste avant de rejoindre des chemins plus raides qui nous mènent au col des Moulinés, à la limite du coeur du Parc National du Mercantour. Zone interdite aux VTT.
Il s’en suit une magnifique traversée, tantôt exposée, tantôt plus roulante entre les Têtes de Pierrous, Chamia et le Mont Brussière. Un vrai délice, jusqu’au col bien nommé de la Couillole.
Un peu de piste descendante avant de s’engager dans les sentiers du Bois de Falcon. Woaw! On en prend plein le guidon, c’est tellement bon! Si sauvage et des lignes incroyables à rouler.
Tout ça se termine dans le lit d’une rivière aux pierres rouges dont on peine dans un premier temps à trouver la suite de l’itinéraire.
Revenu sur le droit chemin, un joli bisse nous accueille mais une petite erreur d’orientation à une bifurcation nous vaudra un peu moins d’une heure à marcher sur un bisse très escarpé.
On y laisse beaucoup de jus mentalement. Au final, ce sera la seule partie inroulable de notre traversée alpine. Pas pire.
Bien contents de pouvoir remonter sur nos vélos dans le secteur de la Cerise peu avant le village perché de Roure. On plonge désormais sur St-Sauveur-sur-Tinée dont on perçoit les toits en contrebas.
La rencontre d’un gars local au bord du sentier nous donne 2 informations, en plus d’un moment d’échange agréable. La première, en prenant à gauche à la fameuse bifurcation on aurait pu se faire un sentier magnifique au lieu de marcher une heure. La seconde, en tournant à droite au prochain croisement, un chemin plus plaisant et moins raide nous attend.
S’il est difficile de revenir dans le temps, on jouit pleinement des enchaînements qui s’offrent devant nous jusqu’à la prochaine destination.
St-Sauveur-sur-Tinée, 500 mètres d’altitude. On fait le bilan, rempli les gourdes, mange un peu. La Colmiane est à 1500 mètres. Encore une belle grimpette, et pas de tout repos avec des secteurs bien soutenus dans les premiers kilomètres, d’une trace commune au GR 5 jusqu’à Rimplas.
Une légère descente bitumée et on retrouve la M2565 qui doit nous amener au sommet de la côte en traversant les villages de la commune de Valdeblore.
L’idée de revenir sur des terres chargées en souvenirs avec mes nombreuses participations à la Transvésubienne me booste!
La Bolline, La Roche, St-Dalmas… au fur et à mesure de l’ascension la jauge d’énergie vacille pour cette nouvelle longue journée. Gilles en fait les frais avec une grosse baisse de régime physique peu courante à quelques kilomètres du but.
On se retrouve aux pieds des « buildings » jaunes typiques de cette station et je dégotte 4 canettes méritées dans le seul bistroquet ouvert. Il est presque 20 heures.
Encore quelques coups de pédales et nous voici enfin dans notre « Eco-Lodge » situé au pied des pistes de ski. On dévore notre repas du soir avec l’excitation de revenir sur les traces de la Transvésubienne le lendemain.
Faire un Brec
Petit déjeuner costaud autant que le programme de la journée. De retour sur les chemins de la course de la Transvésubienne, mon épreuve de coeur. 6 éditions, 6 vélos différents, 6 approches distinctes pour enfin réaliser la course « parfaite » en 2017.
Revenir sur ces terres c’est réveiller beaucoup de souvenirs et d’émotions. Et je suis content d’en partager quelques morceaux avec Gilles aujourd’hui.
Départ avec un doux rythme sur la traditionnelle piste de ski abrupte avant de retrouver le 1er singletrack descendant depuis le col du Varaire.
La traversée sous le Caïre Gros est un peu heurtée, en raison d’un glissement de terrain. On poursuit ce balcon sous le Mont Tournairet, si beau mais si exigeant. La mer visible au loin, émotion.
On pique un poil trop tôt en bas et le chemin se montre sauvage et parfois jonché de tronc d’arbres. On y laisse un peu de force avant de rejoindre le col d’Andrion par une piste.
La fameuse descente avec son lot de passage aux innombrables pierres fixes et autres racines démesurées. Aucun répit. On ménage la mécanique et on se fait plaisir avec quelques beaux mouvements techniques.
Col des Fournés, col de Gratteloup… la section menant au Brec d’Utelle est belle mais usante. Jusqu’au moment de poser pied à terre et de finir dans le portage rocailleux pour nous amener vers le sommet. Check!
C’est parti pour ce morceau d’anthologie! Une dégringolade telle une machine à laver sans programme « délicat ». Cailloux fuyants, épingles serrées, pente, grosses marches. L’engagement est constant.
À mi-descente, une traversée fluide marque un temps de répit. La section finale redemande toute notre concentration.
À sec, on file au village d’Utelle pour remplir nos bidons. Et on souffle quelque peu entre 2 conversations avec 2 dames âgées.
Direction la Madonne d’Utelle, par un détour autour de la Cime du Diamant. Dur, dur…fatigue et chaleur. Coup de mou pour Gillou.
On atteint le sanctuaire de la Madonne via le sentier coupant la route goudronnée.
Et on attaque la descente vers le col d’Ambellarte. Un vrai jeu d’échec où bien placer ses pions est une question de survie. J’avais oublié que c’était si dur.
Collet d’Huesti et son pâturage bienvenu et Col de la Moutète qui marque clairement l’inversion de la pente vers les gorges de la Vésubie. De beaux passages mais aussi de belles galères avec des sentiers entravés par des buissons piquants. Un joli défi mental à la longue.
À Pont-de-Cros, le calice est plein pour Gilles qui hésite à suivre la route qui lui fait de l’œil, jusqu’à Levens. Mais le détour est tel qu’il y a matière à réflexion…
Avec persuasion, je le convaincs de prendre l’option tout-terrain. Un splendide chemin ascendant, certes raide, mais qui devrait lui plaire, connaissant ses qualités de chamois.
Pas manqué, plus vu son ombre depuis un moment. Ma progression s’étant faite plus à pied qu’en selle. On se retrouve au croisement de la route à côté de la « fameuse » déchèterie, lieu classique de ravitaillement sur la TransV.
L’hôtel est à 10 coups de manivelles. Gilles opte pour l’option terrasse. Attiré par la crête du Férion au loin, je me mets encore une bonne dose pour le coup.
Col de Fuent Blanca, Col du Dragon… L’arrivée à un héliport marque la fin de cette longue et chaude ascension. Sentiment de plénitude, la mer juste en face.
Je ne m’éternise pas non plus. On avait fixé l’apéro à 19h avec Gilles. À bloc dans ces cailloux roulants. Col de Rosa, col du Travail… ça défile, ça tape. Une ou deux petites remontées et je retrouve avec plaisir mon compagnon de route.
Une grande bouteille de bière descendue à la douche. Il est désormais temps de poser ses fesses sur un siège au dossier bienvenu.
Et surtout de récupérer de cette énorme étape en rêvant de cette ultime journée qui devrait nous gratifier d’un bon bain marin.
Bain de midi
Un quinzième réveil un peu différent des autres avec cette fois la perspective réelle et motivante de se baigner dans la mer dans quelques heures.
Le soleil n’a pas boudé l’événement. Côté logistique, ça semble bien ficelé avec des billets de train payés et des places réservées pour nos destriers.
Cette courte étape nous emmène chatouiller les flancs du Mont Cima sur ses pistes roulantes avant de rejoindre la route goudronnée pour rejoindre rapidement Aspremont.
Il y aurait de quoi corser l’affaire avec de tortueux chemins mais le but du jour est ailleurs. Et je crois que Gilles en a assez des chemins de m**, mais chut :)!
On échappe toutefois pas au sentier casse-patte du Mont-Chauve, un dernier poussage et surtout une descente cassante comme jamais. Heureusement, notre lucidité ne s’est pas encore étiolée en cette matinée.
Les premières ruelles du haut de la ville succèdent à la terre. L’entrée dans ce milieu urbain contraste pleinement avec ce que nous venons de vivre ces deux dernières semaines.
On refait le plein dans une petite supérette avant de rejoindre le bord de mer, la Promenade des Anglais. Déjà tellement de souvenirs ici. Voilà qu’on y ajoute un joli chapitre. De la maison à la mer, on l’a fait!
Baignade et pause ensoleillée sur ces galets argentés pour prendre toute la mesure du chemin parcouru.
Il est tant de reprendre la route du retour aidé par la magie ferroviaire. Transfert à Marseille, nous faisons encore étape à Valence le temps d’une dernière soirée et d’un succulent burger.
Le soleil se couche sur cette magnifique aventure partagée dans la joie, la sueur et l’amour de nos Alpes.
Allons rêver à d’autres sentiers.
Merci les amis!
Merci d’avoir lu la Route de la Sève.
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