Je quitte les glaciers. Les horizons s’ouvrent. Des plaines infinies se dessinent tout au long de l’océan.
Bucoliques cascades et autres équidés bordent ma route. Le vent omniprésent, tantôt ami, tantôt ennemi. Comme d’habitude.
Les kilomètres défilent à une allure variable. Un genou douloureux durant cette journée bien trop longue pour espérer trouver un refuge à l’abri d’Éole.
Un bref aller-retour pour faire quelques provisions. La route s’élève alors. Le ciel s’assombrit. La pente devient renversante.
Mon chargement devient un allié et me donne une adhérence inespérée. Debout sur les pédales, j’affronte une indécente gravité.
J’entre dans un univers noir. Autour de moi des formes et des odeurs dansent à mesure que je m’approche du « point de fuite » de mon étape.
Lumière allumée, je sillonne cette terre sombre entre fraîcheur des glaces et parfum sulfureux. L’effort est certain, porté par l’idée d’une récompense. Minuit, il a sonné.
Trois nuits dans cette contrée unique au vert humide ou étincelant. Un temps de repos, d’entretien, de partage, de rêve.
Mon corps tire un peu la gueule. Fruit de surcharge physique et d’humidité.
D’une longue attente bienveillante surgit la douceur de l’instant et un soleil apparent qui invitent à prendre le chemin.
Une foulée contrôlée ou la marche reprend le dessus sur la course. Un temps d’émerveillement dans cette immensité verte.
Des contrastes de couleurs et de températures toujours saisissants. Loin des foules touristiques.
Une cascade bien cachée avant d’arriver dans un abîme glaciaire aux dimensions insaisissables.
Je continue à suivre les quelques piquets de balisage. Après de longues heures de marche, le temps de marquer un arrêt.
Quelques respirations profondes, assis sur le sol, un fond musical, et ressentir un ancrage dans cette terre d’Islande si loin des sommets helvétiques.
Pleine présence, dans une légère explosion d’émotions. Sur fond de puissance céleste. Intense!
Une rentrée scolaire définitivement différente… D’un saut dans le vide au départ de ce voyage, je me sens épousé par les éléments.
Je quitte le lendemain cet écrin et la bonne compagnie d’Adam, maître des lieux. Le monde noir est devenu plus clair. Il offre une vue résolument nouvelle sur une réalité précédemment imaginée.
Le froid des derniers jours me poussent à me procurer un bonnet en laine. Retour désormais sur la route circulaire. Dotée du numéro 1, c’est sûrement une erreur de calcul. Défilé motorisé plus ou moins courtois. Et un vent résolument opposé à mon avancée.
Visite inattendue d’une carcasse d’avion qui vaut un rapide aller-retour à vélo. Sourire en coin à l’égard de ces automobilistes désormais à pied pour une marche interminable et inintéressante dont l’issue est une « vulgaire » épave métallique.
Le vent de face fait complètement exploser mes prévisions temporelles… et mes réserves d’énergie.
Coup d’œil express sur quelques cascades prises d’assaut par les touristes… Le calme du Nord et des entrailles de l’île me manquent définitivement.
Les chevaux m’invitent à une pause sur le bas-côté pour déguster une barre chocolatée. Une caresse sur un museau qui fait du bien après de longues heures d’adversité.
Et voilà que je me retrouve à partager la route au rythme du tölt, leur façon unique de se déplacer. Fort!
Malgré le soleil, presque omniprésent, le froid est mordant, la fatigue aidant. Temps de répit dans une station-service chauffée avant de rejoindre le terminal du ferry pour naviguer vers une autre île.
Accompagné du soleil couchant, ces dernières lueurs me portent jusqu’à Vestmannaeyar et plus précisément l’île de Heimaey, coeur d’un archipel volcanique.
Un havre de paix 4 jours durant synonyme de régénération et découvertes sur ce morceau de terre détaché physiquement de l’Islande.
Détour obligatoire dans la « Sundlaug » de la ville, qui devient l’une de mes activités favorites de ce voyage en Islande. Le plaisir de partager un bain chaud avec des islandais ou de m’amuser dans les toboggans.
Mon esprit s’évade durant des balades ensoleillées sur les cratères du coin témoins d’éruptions plus ou moins récentes aux impacts réels pour cette population. Mon corps, quant à lui, a aussi besoin de calme, accordé par quelques jours de pluie.
Un réveil matinal et quelques tours de roues m’accorde un joli moment de partage avec les héros volatiles locaux.
A l’extrémité méridionale de l’île, les macareux moines m’offrent un spectacle privilégié en tête-à-tête.
Une véritable colonie d’oiseaux s’amusant à sauter des falaises pour un vol vertigineux dans cet horizon maritime.
L’ultime jour, une dernière randonnée matinale dans le crachin local pour glaner quelques vues particulières.
Requinqué. Le retour apprécié du soleil appelle à reprendre le ferry pour une traversée inverse et continuer la route sur les terres de la « grande » Islande.
Un avant-goût d’Amérique dans ces longues plaines balisées par les fermes et le « galop » des chevaux.
Un décor résolument différent des dernières semaines mais « rafraîchissant» en quelque sorte.
Bref retour sur la route 1 désormais hyper fréquentée, la capitale Reykjavik n’étant plus qu’à un jet de pierre de là.
Mais rapidement ma trajectoire suit celle du soleil.
L’appel de l’aventure est ailleurs. Cap plein Nord propulsé par le vent pour une dernière ronde.
Une fin d’étape paisible aux douces lueurs réconfortantes avant l’arrivée prochaine d’autres « combats ».
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Magnifique !!! On adore ces dimanches (tiens, c'est dimanche, un coup de vin ?) où, avec Tania, on voyage avec la Route de la Sève. Bravo mon gars, un plaisir de te lire et d'admirer ces superbes endroits que tu visites.
Bonne suite !