En Islande, les routes sont répertoriées selon leur fréquentation et la qualité de leur revêtement.
Quitter les routes asphaltées, c’est l’assurance de voir sa vitesse moyenne dégringoler, tout comme le nombre de véhicules rencontrés.
Au contact de la terre et du gravier, l’expérience devient authentique à un rythme propice à l’admiration et l’introspection.
Au final, rouler un segment de route devient même plus attractif qu’un « highlight » touristique.
La fin de mon séjour islandais approchant, j’avais encore envie de goûter à cette saveur particulière des « Highlands ».
Attiré par ces traits discontinus sur ma carte, je me lance dans un dernier « round » de pistes F, à savoir ces « mountain road » plus ou moins roulantes :)
Au menu, une combinaison de Skjaldbreiðarvegur (F338) & Hlöðuvallavegur (F337) (+ d’infos), avec un point de sortie par très loin de mon lieu de départ du jour. Juste pour le plaisir en fait.
L’unique (presque) traversée de rivière (peu profonde) pose le décor en tout début de piste. Je laisse traverser un 4x4 (un des trois seuls qui croisera ma route ces prochaines heures) et profite de glaner quelques infos pour la suite.
Dans l’horizon, tout invite à rebrousser chemin. Retrouver l’asphalte et se fourrer dans la « hot spring » la plus proche devient tentant. Mais l’omniprésence touristique sur les grands axes et cet appel pour un dernier « taste of Iceland » m’encourage à mettre les sandales.
Et le truc trop cool, c’est qu’après, tes pieds gelés se réchauffent naturellement… tout comme le ciel qui devient momentanément plus clément.
Ici l’orientation n’est pas remise en question. Les pylônes sont les guides d’une piste aux revêtements multiples mais jamais roulants.
Puis les éléments décident de se mettre un peu en colère. Alors, je me couvre et me mets dans ma bulle. Les kilomètres ne défilent pas. La route se dresse comme un mur m’obligeant finalement à pousser quelques minutes.
Au sommet de la côte, l’horizon est infini, lunaire, balayé par un vent qui souffle tout, sauf tes doutes qui s’installent. Et la pluie qui les renforce.
L’heure tourne. La route s’enlise dans le sable, ou moi plutôt en fait… Sentiments teintés d’amusement, d’accomplissement et de questionnement.
Face au vent contraire, plusieurs options naissent subitement dans mon esprit (repli, changement de cap, refuge de secours etc.). Finalement, elles s’envolent comme ces rafales, soudainement plus modérées au prochain croisement.
Un calme rassurant, presque inimaginable il y a peu. Alors je poursuis ma route un peu plus confiant dans un décor… complètement déroutant.
Le ciel s’ouvre même et semble m’encourager à continuer mon chemin dans un émerveillement constant.
Un passage devant un refuge vide, témoin de la seule présence humaine dans ce coin de terre.
Un arc-en-ciel pour l’éternité avant la traversée d’une zone sablonneuse de taille très respectable…
A jouer les « cyclocrossman » pendant un moment, je m’avoue largement vaincu.
Très chargé et pneus un peu fins, la marche devient l’ultime ressource de déplacement. Pas de vent, un peu de soleil, que demander de plus? Peut-être un revêtement un peu plus compact ou un VTT :)
Dans cette progression résolument astreignante, le haut du corps est mis à rude épreuve. Et l’inexistence de mes séances de gainage depuis longtemps n’est pas là pour m’aider.
Je fais désormais ma trace dans cette immensité de sable noir. Ça bouillonne à l’intérieur face à l’intensité de l’effort et cette beauté qui m’entoure.
Retour sur la piste à peine mieux marquée pour une section ultra raide épuisante à traîner ma charrue au rythme de 3 pas et 2 cris.
Selon ma carte, la suite semble annoncer un relief un plus accueillant… Certes, mais pas si roulant. Un vieux lit de rivière en fait.
Encore une magnifique plaine entourée d’un ciel devenu plus menaçant. Voilà que je retrouve un peu plus d’allant.
Jusqu’à deviner cette route qui prend des allures de « montée impossible ». Mais cette fois, un gentil gravier a remplacé les blocs de pierre.
Au prix de quelques sections « all-in », je parviens à passer ces coups de cul et cela m’évite de pousser péniblement mon vélo.
Le point de bascule arrive enfin. A peine à plus de 600 mètres d’altitude mais annonciateur d’une fin d’étape désormais descendante!
Parfois les cols les plus insignifiants révèlent toute leur grandeur en les atteignants.
Au-delà des chiffres, c’est réellement la route qui te transforme. Simplicité et humilité.
A ce moment précis, revêtir sa doudoune et ouvrir une canette de coca, coincée au fond d’une sacoche, devient une belle façon de célébrer la sortie de cet « heureux » guêpier.
Désormais, je file pleine balle vers cet horizon descendant où les méandres mènent à un grand lac. La vitesse devient grisante, surtout après avoir adopté une allure d’escargot des heures durant.
Sentiment de puissance et de libération jusqu’à ce que la pente et la nature du sol exigent plus de concentration.
Quelques pauses sont même nécessaires pour laisser refroidir mes disques de freins. Mais ça y est… l’asphalte est finalement retrouvé non sans un certain soulagement et satisfaction.
Et enfin, une arrivée en temps et en heure, pour une bonne bière dans le « money time » d’un bar. Love Iceland ;)
—
Merci d’avoir lu la Route de la Sève.
Abonnez-vous pour recevoir les nouvelles de la Route.






















































Sounds like quite an adventure getting off beaten or inexistant tracks.. well deserved beer 🍺