Après plusieurs jours au pied du grand mur, je grimpe enfin au sommet du barrage.
La vue s’ouvre. Le soleil culmine déjà haut dans le ciel.
Le vent s’est déjà bien levé lui aussi. Nos chemins se croisent, ma vitesse de croisière s’en ressent rapidement.
Courte pause à Breckenbridge dans le tourbillon touristique, certes sûrement plus tenu qu’en hiver.
Maux de tête, souffle court, la présence des arbres masquent l’altitude certaine de cette contrée.
La route m’emmène doucement au Boreas Pass dans une belle ambiance et une déclivité agréable.
Dans les forêts nationales, les E-Bikes ne sont pas toujours les bienvenus. Je ne suis guère embêté par cette restriction pour le coup.
Un peu plus ennuyé par une crevaison qui survient dans la descente du « Gold Dust Trail » avec certaines parties plutôt cassantes.
Je rejoins la piste pour continuer la descente. Je laisse derrière moi progressivement la montagne pour une plaine qui s’étend jusqu’à un nouveau relief.
Si les arbres agissaient comme une barrière bienvenue face aux assauts du vent, je me sens rapidement dépouillé.
En traversant le hameau de Como, je prends la mesure de ce qui m’attend.
Je vire à droite, je scrute mon GPS. Me voilà rentré assurément dans un « doux » flirt prolongé avec le vent.
Quelques rares véhicules et cette immensité comme compagnon de route, rendue encore plus abyssale avec le souffle contraire.
Une avancée « retardée » conjuguée à une route à la surface bien « entravée ». Pour une arrivée de jour, c’est râté!
J’attends finalement le petit patelin de Hartsel avec toujours cette petite excitation de savoir ce qui se passera, l’endroit étant plutôt désert à priori.
Il est à peine 20 heures et le seul petit restaurant ferme déjà boutique. Le staff débriefe de la journée au bar.
Néanmoins, je reçois un accueil très chaleureux. Je descends 2 canettes de coca et une bière, sans forcer. On m’offre gracieusement quelques parts de pizza, je glane dans la foulée quelques infos pour trouver un spot pour la nuit.
A la demande de la tenancière, j’y laisse ma trace. Aucun helvète n’ayant encore apparemment franchi ce pas de porte.
Et je trouve refuge dans une maisonnette dans une air de jeux quelques hectomètres plus loin. Je me cuisine sommairement du riz et y installe ma couche.
Je me sens comme un gosse qui dort dans sa cabane. Avec le chuchotement violent du vent, je ne pouvais espérer mieux que cette petite bâtisse pour récupérer des efforts des dernières heures.
Au lever, les premières lueurs se confondent avec les lumières des bornes destinées aux voitures électriques.
Les feux sont au vert. Et ce si bon sentiment d’ouvrir une nouvelle page blanche et d’y dessiner une trace à ma guise dans l’inconnu à venir.
Un petit cappuccino à la station service pour lancer la machine, entremêlé de quelques discussions avec de curieux routiers.
Je remplis mes bouteilles à la première rivière rencontrée, l’eau n’étant pas potable dans la zone.
Puis progressivement, je me fais embarqué dans le royaume des vagues. Ça bouge, ça tangue! Alors je tente de trouver un équilibre précaire.
Le vent a encore envie de moi. Le flirt se poursuit. Je ne résiste pas et me retrouve le plus souvent couché sur mon vélo.
En terre bien isolée, seuls quelques campements sauvages abandonnés agrémentent une vision troublée par les rafales du vent.
La couleur de la route évolue parfois, le courant, lui, joue la constance.
Après des heures dans de vastes plaines, un col se dresse, les arbres font leur retour, certes encore trop timide pour me sauver de ma relation devenue conflictuelle avec le vent.
Le point culminant franchi, une petite libération m’envahit. Et je débute une longue dégringolade vers ma destination qui devrait être atteinte, pour une fois, avant le coucher du soleil.
A la sortie d’un contour, l’horizon se dévoile. Impressionnant. Avec encore des rangées de montagnes. Et autant d’histoires à écrire.
Le vent me déporte jusqu’à l’entrée de la ville de Salida.
A l’abri de ses bâtiments, j’y retrouve un peu de quiétude. On m’offre un smoothie à la volée.
Je profite pour me prélasser dans un joli parc enfin débarrassé de ma relation toxique des 2 derniers jours.
Je fais le plein de calories souvent mêlé de chips, fruits, boissons sucrées et houblonnées. Le tout sous le regard vif d’un écureuil préoccupé à accroître sa collection de pives.
Après quelques tours de roue dans le centre-ville, je ressens rapidement de bonnes énergies en ces lieux.
Le soir, je rejoins Philip mon hôte « Warmshower » que j’ai contacté préalablement pour y passer une nuit confortable.
Sous le charme de sa demeure et de son agréable compagnie, sans compter sur l’arrivée de la pluie, je prolonge jour après jour mon séjour.
Et Salida me présente d’une rue à l’autre ses richesses et son patrimoine caché.
D’une ville qui respire la passion du mountain bike et de l’artisanat.
Je m’émerveille dans les bikeshops aux trésors cachés.
Avant de me noyer dans les couleurs vives du QG de la marque de bagagerie bikepacking Oveja Negra.
Et quand le jour s’éclipse, un nouveau spectacle s’allume. Des rencontres inopinées donne saveur à la soirée.
Salida « by night » m’invite à prendre place pour admirer le show.
Un vrai mélange d’amour et de lumières au détour de chaque carrefour!
Le confort d’une maison ravive tous mes sens. Et ces petit-déjeuners où mon corps refait le plein de vitalité.
La « tanière » de Philip est si bien située qu’il me faut trois pas à peine pour me retrouver dans l’atelier d’Oveja Negra.
J’en ressors souriant avec un nouveau strap sur-mesure pour mon valeureux destrier.
Mais l’appel des hauteurs revient. Une fois la pluie dissipée, je me rends sur la « Methodist Mountain ».
La communauté de bikers y est bien établie ici et les efforts de développement se font clairement remarqués avec un vaste réseau de sentiers bien indiqués et magistralement entretenus.
Délaissé de mes sacoches, pneus dégonflés, je m’offre une belle session sur ces trails résolument joueurs.
Malgré l’absence de suspensions, l’amusement est au rendez-vous. Le flow est bon!
De son S imposant sur la montagne la dominant, Salida inscrit son identité loin à la ronde.
Super singletracks sinueux, tous les superlatifs sont adéquats pour ce terrain de jeu…suprême.
Les dernières précipitations ont clairement blanchi les points culminants environnants. Mon regard reflète une admiration teintée de doutes.
La voie sera-t-elle libre de neige à mon arrivée prochaine tout là-haut?
Je dissipe mes craintes en profitant des dernières courbes du bike-park avant de rejoindre une soirée avec la communauté de bikers du spot. Et de profiter une ultime fois de ces bonnes « vibes ».
Le rideau lumineux se tire une dernière fois sur Salida. Cette fois c’est sûr, demain je reprends la route. Encore.
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