Prologue
Salutations au fjord. Quelques légers tours de manivelles. Une dernière nuit où le ciel reprend des allures plus bienveillantes que les derniers jours bien maussades.
Et voilà un de ces matins éclatants, qui vous extrait de la tente sans même y avoir songé. Chaque rayon de soleil est dégusté à sa pleine valeur.
Mon esprit et mes muscles m’appellent à poursuivre. Mon coeur leur fait un pied de nez.
Et devant moi se dessine la route pour franchir ce foutu col pour… la troisième fois. Dans ses premiers contreforts, mon coeur bat la chamade… La faute à une pause trop prolongée, un cappuccino trop cafféiné ou à la douce compagnie à peine quittée? Sûrement un peu des trois!
Retour dans le jeu des forces invisibles qui parsèment la route…et la vie. De toute leur ambivalence, elle définisse mon déplacement quotidien et lui donne saveur et sueur.
Au nombre de trois, on ne les voit jamais ou presque, mais on les ressent pleinement: la gravité, le vent, le temps.
Pas besoin d’inclinomètre, d’anémomètre ou de chronomètre. Sur la route, le corps et l’esprit révèlent naturellement leurs « data ».
La gravité
Elle rappelle notre ancrage à la terre. Elle nous donne la stabilité pour autant qu’on soit à peine équilibré.
Dans l’univers des pentes, le corps comprend vite la mesure. Différente, radicalement.
Quand les yeux se lèvent, le coeur accélère, les muscles se contractent, la cadence augmente, la sueur coule…
Tu te sens petit, faible, vulnérable. Une certaine humilité à conserver même lorsque ta forme te pousse à fanfaronner.
Quand ton regard domine, ton souffle se libère, tes jambes se détendent, ton cœur exulte.
Le moment des grandeurs, de la légèreté malgré tous les fardeaux que tu traines. Les courbes s’enchaînent dans une facilité le plus souvent chèrement méritée.
Et quand tout devient plat, tu retrouves une raison de sourire.
Le vent
Il est partout et nul part. Il brille de son invisibilité, apaise de son absence, triomphe de sa puissance
Lui faire face, c’est accepter un flirt tendu, à sens unique, rapidement énervement si tu désires que ça aille plus vite.
Gentiment, il t’assomme, t’assèche, te ponctionne sournoisement tes dernières ressources que tu pensais ne plus avoir. Et te fait grelotter pour te faire douter.
Lorsqu’il te prend à revers. Tu oscilles comme l’aiguille d’un métronome au rythme étrangement irrégulier .
Malmené, tes muscles se crispent. L’aiguille va-t-elle se rompre? L’arrêt est parfois l’ultime solution.
Et parfois de sa colère, tout y perd sens. Du calme à la furie, la constance est dans l’adversité que tu dois lui opposer
Jusqu’au point de rupture. Car de sa force, le vent ignore tout. Il façonne le monde à sa guise. De sa pleine présence, sans conscience.
Pour autant, il peut rapidement devenir un ami, d’une relation certes fragile. Il te caresse, te pousse, te propulse dans l’horizon avec une douce puissance.
A condition que ta route lui soit parallèle, et ton cap accordé au sien.
Au moindre écart, au petit faux-pas, la sentence est immédiate. Une avancée à payer plein tarif!
Le temps
De chiffres en chiffres, il balise ton quotidien, structure ta vie. De rendez-vous en impératifs, il prend parfois le dessus. Il est partout, et tu en manques cruellement. Paradoxe ultime.
Sans que tu en aies conscience , il te transforme jour après jour. Tu ne vois pas le temps passer, ni même ta vie défiler. Lui non plus. L’étau est déjà bien serré. Le temps d’une pause?
A l’image de ces glaciers. Chaque seconde comme une goutte qui tombe.
Une vie unique où la valeur du temps que tu veux lui donner, t’importe, t’emporte.
De sa cape joyeuse ou destructrice, le temps s’habille selon ses humeurs. Pour dehors c’est mort. Alors mise sur les anticyclones pour ta météo intérieure.
Et n’oublie pas que les nuages ont le pouvoir de faire exister le soleil!
Au temps des réflexions sans fin succède celui des décisions. Plus ou moins franchement ou rapidement. Parfois douloureusement. Souvent justement.
Fuis la maîtrise du temps, tu as perdu depuis longtemps. Redonne de la saveur à ton capital horaire, celle que, toi et toi seul, tu veux vraiment lui donner.
Alors soigne ton pouvoir de décision unique et précieux. Et vas-y! Fais-le! Maintenant.
Dans le temps d’une rafale tu peux changer le monde, et le tien avant tout.
Épilogue
Dans l’échiquier tumultueux des forces, l’Amour est sans aucun doute la pièce maîtresse. Celle à conserver le plus longtemps possible dans l’histoire, « perdue d’avance », de la vie.
A elle seule, l’Amour réunit ces trois forces lui conférant un pouvoir supérieur dans nos éphémères existences.
Car aimer, c’est choisir.
Un cœur qui rebondit.
Un souffle à alimenter.
Du temps à savourer!
Choisis. Mets-toi en route. Vis & aime.
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