Je quitte la grande route pour une ligne plus fine à travers les montagnes.
Quelques panneaux mettent en garde de la présence de gros camions liée à des travaux dans le secteur.
Heureusement, je suis plus aveuglé par la lumière que la poussière soulevée par les convois motorisés.
La route se faufile dans cette vallée serpentant le long de la… Little Snake River. De méandres en méandres, chaque virage ouvre une nouvelle perspective.
Un léger vent chaud de dos bonifie mon coup de pédale plutôt étincelant en cette mi-journée.
Un véritable cadeau de rentrer ainsi dans un nouvel État, celui du Colorado. Explosion de couleurs, mon coeur bondit.
Voilà trois mois que j’ai réalisé les premiers tours de manivelles de ce voyage. Une notion du temps qui s’est perdue entre temps.
Le temps qui passe. Vite ou lentement. La route m’a fait sienne. Pleinement connecté à une nouvelle réalité.
Un autre rythme. Où les mêmes besoins demeurent, mais les pensées se libèrent.
Dans ces étendues aux pistes roulantes et au décor lumineux, je me vois avancer, sentir ce déplacement fluide. Grisant!
Attiré par ces horizons qui se perdent, j’en oublie le prochain carrefour. Demi-tour!
Peut-être était-ce un refus d’obstacle face à cette astreignante montée? Tout juste franchie sur le vélo.
Récompensé par la simple vue d’une étendue d’eau réchauffée par un entourage doré.
Mais la nuit n’attend jamais. Et quand le soleil disparaît, le jour décline à son tour.
Gorgées sucrées, lumières installées, quelques couches de vêtements supplémentaires pour supporter le froid naissant. Une agréable routine pour plonger dans un monde sans lumières.
Alors parfois, dans l’obscurité de la terre, l’eau devient source de luminosité et révèle sa Majesté le Ciel.
Et pour être plus terre à terre, je suis bien content d’en finir ce soir-là. D’une étape qui a trop joué les prolongations.
Après une rencontre surprenante avec un petit ours noir sur la sombre piste cyclable, je profite d’une boissons chaude dans la station service.
Juste en face, l’abri bus devient l’endroit idéal pour se préparer le traditionnel et apprécié repas de fin d’étape.
Quoiqu’il me faut encore parcourir quelques kilomètres avant de rejoindre Alexis & Miguel qui dorment « déjà » au camping.
Le lendemain, moins « matinal », je salue mes deux compagnons qui prennent la route ensemble. Notre destination commune du jour devrait nous réunir à nouveau plus tard.
Mon esprit se charge de ce beau soleil et j’engrange quelques calories pour une autre journée de vélo.
Un bitume luisant couplé à un courant soutenant. Tambour battant vers l’inconnu!
Les pistes reprennent leurs droits longeant des bords de lacs inspirants et plaisants.
Et peut-être trop attirant pour les grandes fortunes qui tendent à coloniser ces magnifiques endroits encore préservés.
Sous l’œil du rapace, mon sillage suit ces routes au revêtement lisse et agréable.
A peine stoppé par quelques zones humides, toujours motivé par le spectacle boisé.
A trop vouloir profiter du soleil matinal, il m’offre ses dernières lueurs colorées m’abandonnant à la nuit.
Fin de périple journalier « morose » aux rencontres peu aidantes. Et mes amis figurent aux abonnés absents.
Pas réseau cellulaire. Je trouve finalement de l’eau. Et des toilettes propres pour un abri dînatoire.
Réveillé par les sifflements du train puis par la douceur attendue des premiers rayons du soleil.
Je quitte ce coin aux énergies peu enthousiasmantes filtrant au passage quelques litres d’or bleu dans la rivière.
De belles ascensions d’entrée jeu pour une vue sur la Colorado River et le chemin du fer se frayant un chemin dans cette étroite vallée.
Plus bas, plus loin. De nouvelles plaines, la vision s’ouvre, toujours belle.
Puis le vent se lève, la route grimpe, le ciel s’assombrit. Continuer.
Au point de bascule, un ravitaillement salé s’impose pour digérer les dernières dizaines de kilomètres. A table!
Ce d’autant que le vent a clairement choisi d’exhiber fièrement les 50 étoiles du drapeau… dans le « mauvais » sens.
Réjouis de cette arrivée imminente dans la ville de Silverthorne, une fraîche piste cyclable me gratifie de la première crevaison de mon périple…
Fautif trouvé, infortune réparée, je rentre de nuit dans l’agglomération. Non sans avoir dégusté un traditionnel « Cappuccino Hot Chocolate ».
Un moment de recharge, et de brefs échanges avec quelques automobilistes défilant à la station pour faire leur plein.
Encore quelques tours le long de la rivière et je retrouve Miguel sous un pavillon. Alexis a fait un arrêt dans la ville suivante pour y jouer du violon.
Aux aurores, Miguel est déjà parti. Quant à Alexis, il vient me saluer avant de repartir sur le Colorado Trail. Nos routes se séparent encore. Jusqu’à un nouveau croisement?
On remet les scores à zéro. Du repos pour les muscles et quelques soins pour mon cher destrier. Je prends mes quartiers quatre nuits durant dans cette aire sportive de softball dominée par un grand barrage.
Chaque matin me réserve de nouvelles rencontres à cet emplacement privilégié des passants promenants leurs chiens.
Je profite de la vaste zone commerciale pour refaire aussi le plein de nourriture et de gaz, étant à court de carburant.
Quelques plats aux restaurants, un saut dans la piscine, de profondes respirations dans le sauna, quelques téléphones, une carte postée, de l’écriture…
Je deviens spectateur de cette ville pour trois jours, le temps d’une entracte avant la reprise de mon « show ».
Où l’immobilisme du corps éclate, l’esprit voyage sans limite.
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