Le train d’atterrissage heurte le sol sans accroc. Douce arrivée sur sol américain. L’heure d’écrire un nouveau chapitre de mon voyage pour ce premier jour du mois de septembre.
Chaque petit détail me révèle déjà mon entrée dans un monde différent, avec ses règles, ses habitudes, son style de vie.
Les bagages sont récupérés comme des fruits mûrs à la sortie d’un long couloir. Puis arrive une longue file d’attente pour passer le poste frontière.
Empreintes digitales, photo… au jeu des questions-réponses, le douanier semble impressionné par mon épopée. Je récupère mon passeport et pousse mon chariot à la recherche d’un taxi.
Une fatigue certaine, une nuit tombante et une pluie naissante aura eu raison d’un hypothétique remontage du vélo à l’aéroport suivi de 2 heures de pédalage dans une ville inconnue.
A la place, ce déplacement motorisé m’offre une vue imprenable sur les gratte-ciel de Seattle. Je prends toute la mesure de mon périple qui entre dans une nouvelle dimension.
Une série de longue marche d’escaliers et me voici à mon « hostel » en plein coeur de la Cité émeraude. La tête enfin sur l’oreiller, voilà un long transfert enfin achevé.
Après une nuit sans limite, un copieux petit-déjeuner pose les jalons de cette journée avec comme but principal le remontage en bonne et due forme de ma chère bicyclette.
De nombreuses heures passées dans le réfectoire à assembler mon destrier avec mon amour. Le bonheur d’y retrouver chaque pièce, bien emballée, et de constater aucun dégâts apparents.
Vis bien serrées, écrous graissés, alignements réalisés, réglages validés. C’est le moment de poser les bonnes bases mécaniques pour les mois à venir.
A travers les fenêtres, le jour semble déjà s’en aller. Je m’en vais pour un tour pédestre de la ville et repérer la gare à rejoindre le lendemain.
Au rythme de mes pas, je ressens déjà pleinement la société américaine aux contrastes saisissants. Le grand écart d’une société à 6 vitesses, qui file, droit dans le mur?
Très vite, je suis pris par un tournis. La folie des grandeurs, l’éclat des couleurs, la largeurs des avenues. La roue tourne vite, trop vite
La misère de certaines âmes humaines ne me coupe pas l’appétit mais me laisse un sentiment de tristesse et d’impuissance.
Comme de nombreuses autres grandes villes américaines de la côte ouest, Seattle n’échappe pas aux problématiques de l’itinérance (sans-abrisme) et aux consommations de drogues dévastatrices comme le fentanyl.
La nuit n’existe pas vraiment dans la pollution lumineuse de la ville. Alors que je ferme les yeux au second étage, 10 mètres plus bas, on coupe un carton à poser au sol, entre 2 injections. Une réalité, d’une trop grande minorité. Peut-on vraiment fermer les yeux.
En fin d’après-midi le lendemain, je saute dans le train « Empire Builder » qui relie Seattle à Chicago. En réponse au klaxon de la locomotive résonnent mes rêves de grands espaces.
Aspiré par les forêts, mon regard s’émerveille déjà sur les montagnes et rivières qui composent ces paysages, radicalement différents de ceux des dernières semaines.
Quatorze heures plus tard, je débarque sur le quai détrempé et la fraîcheur matinale de la petite ville de Whitefish dans l’état du Montana. Mon vélo est récupéré sans dommage, je suis soulagé.
Mes questions et mes appréhensions sont toutefois encore plus lourdes que mes sacoches. Mon intention est de suivre l’itinéraire de la Great Divide Mountain Bike. Cette trace suit la chaîne de montagne des Rocheuses et plus précisément la Continental Divide, ligne de partage des eaux entre les océans Atlantique et Pacifique.
Je me pose un moment dans cette charmante et authentique gare historique. Très vite mon ressenti hésitant va retrouver réconfort et réponses dans les rencontres.
Linda, à la retraite, qui a décidé de vendre sa maison pour vivre sur la route et habiter le paysage. Voyageuse de la première heure, avec même des expériences de travail à la ferme en Suisse dans ses jeunes années. Je partage le petit-déjeuner et quelques heures d’échanges en parlant de tout et de rien.
Alan, cyclo-voyageur venu d’Arizona, avec qui je discute des thèmes classiques des cyclistes itinérants mais avec comme nouveauté la question des ours et autres animaux. Source d’une certaine préoccupation pour un petit suisse comme moi.
Et là, comme descendu du ciel, devant la bibliothèque, un homme curieux m’interpelle en voyant mon vélo chargé.
Je lui explique mon voyage et lui pose forcément une question en rapport avec les ours. Moins d’une heure plus tard, ma tente est plantée dans son jardin.
Paul & Gigi c’est l’histoire de 2 américains qui se sont rencontrés sur un événement de cyclotourisme dans le Vermont. C’est surtout un couple de voyageurs passionnés d’aventure avec un grand A. Aussi grand que l’attention et l’amour qu’ils vont me transmettre durant 5 jours à Whitefish.
Ici la vie est rythmée par les passages réguliers des trains aux longueurs interminables sur la ligne de la Great Northern Railway. Tantôt pleins, tantôt vides.
De pétrole, de bois ou de céréales. Ils assurent les échanges de marchandises à travers le pays et même bien au-delà encore.
Alors que je prépare ma traversée américaine, eux, désormais à la retraite, rangent gentiment leur maison en vue d’un mois dans leur van dans l’état de l’Idaho.
Lui géologue-glaciologue-enseignant au Glacier National Park mais aussi bricoleur émérite et artisan du cuir, elle, physiothérapeute à son compte, en ville, et amoureuse de la nature.
Nos échanges sont forcément nourris et leur vécu est tout bonnement impressionnant. Des partages authentiques qui apaisent mon âme et boostent ma confiance.
Un tour à vélo, un barbecue sur la terrasse, un hot tube, de la mécanique au garage, assis derrière une carte au bureau…
On se partage nos souvenirs, le plus souvent il est question de vélo, de télémark, de montagne. Je ne pouvais rêver mieux pour lancer mon périple aux États-Unis.
Si ma météo intérieure est au beau fixe, dehors le ciel se déchaine durant deux fraîches journées de pluie.
Mon corps ressent pleinement l’arrivée de l’automne (et peut-être les efforts de l’Islande) et je me sens bien affaibli jusqu’au retour de la douceur.
Le temps bienvenu d’écrire quelques articles et autres cartes postales.
Le retour du soleil marque aussi celui de l’énergie et de la motivation pour reprendre désormais la route en confiance porté par cette vague de bienveillance.
De la mécanique pour optimiser leurs vélos, un repas au restaurant le soir et un peu de jardinage le matin pour les remercier de cet accueil divin.
La suite s’écrira sur la route, comme ils l’ont toujours fait.
Je passe chez le barbier. Je m’enfonce dans le canapé de la bibliothèque le temps de dessiner quelques itinéraires. J’enfile mon cuissard, remplis mes gourdes, serre mes chaussures.
Mercredi 8 septembre, il est 17h30. Le soleil brille comme jamais. Je commence ma traversée des États-Unis à vélo.
I’m cycling for you, Gigi. Keep your hopes so high that the clouds can’t reach them. And if it rains, a rainbow will guide you along a gentle path.
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Quand l'excès se mélange avec le naturel et l'authenticité. L'Amérique est ses contrastes vont encore t'accompagner un moment.
Merci pour tes récits. Une bulle d'évasion.
Prends soin de toi.