Une dernière gorgée de thé. Le froid est cuisant, l’humidité ambiante, la nuit bien présente. Le vent étonnement absent.
Les douces lumières ont laissé place à une fraîche ombre. Le ciel, encore clair, cache bien son jeu.
Courte nuit et un réveil bien avant les aurores, pour profiter d’une éventuelle « fenêtre météo » plus sèche? Pour le vent, l’affaire est pliée. Il s’est réveillé avant moi durant la nuit.
Tout est paqueté. Et les premières gouttes arrivent au moment d’enlever la dernière sardine. Plus tôt qu’escompté…
Petit-déjeuner dans les spacieuses toilettes. Pas la peine de trop attendre, ce sera pire plus tard.
A ces heures précoces, la route ressemble à un désert…de flotte. Je vogue dans ces vents contraires.
Arrivé à Geysir, la presque absence d’humanité permet de tracer mon chemin à vélo entre ces sources d’eau chaude.
Un joli jeu de couleurs pour un show gratuit quasi privatisé.
Mon état détrempé limite toutefois ma patience. Trois shifts de geyser (5-7 minutes d’attente entre chaque jet) et je reprends la route en direction d’une grosse cascade.
La route prend parfois des allures de rivière. Sur ce bitume luisant, je cherche la ligne la plus sèche, quitte à être au milieu de la route.
Cela oblige (pour une fois), les automobilistes à faire un vrai écart pour me doubler. Bon, sur ce coup, j’ai assez de doigts pour compter le faible nombre de véhicules en route. Même si j’avoue ne plus beaucoup sentir mes phalanges arrivé à destination.
Gullfoss! Les chutes dorées… Elles ont perdu de leur éclat aujourd’hui mais pas leur superbe.
Tête baissée, rapide tour de ronde pour prendre quelques clichés et sentir la puissance des lieux.
Encore quelques escaliers, et me voilà de retour dans l’imposant complexe restaurant-boutique qui vient à peine d’ouvrir sur le coup des 9 heures.
Le temps de se refaire une santé. Trouver un peu de répit et de chaleur grâce aux radiateurs ou un bol de soupe bien garni.
A force que les heures tournent, le tourbillon touristique fait son œuvre. En déambulant dans les allées, je souris du contraste de mon accoutrement de cycliste en phase de séchage à ceux des touristes motorisés.
Mon esprit s’évade et se questionne sur la suite à donner à cette journée en épiant carte et prévisions météorologiques. Elle s’écrira dans la pluie, le vent, le sable pour finir en arc-en-ciel (Voir chapitre 7).
Après mon détour dans les Hautes-Terres, je profite d’une halte relaxante à Laugarvatn.
Récupérer, relâcher, rencontrer… Joanie et Alexandre, droits venus du Québec. Je partagerais conversations et en guise de souper un beau saumon récupéré par leurs soins dans un container des invendus de l’épicerie du coin. Nos sillages se retrouveront encore quelques jours à Reykjavik avant nos envols respectifs.
Dans le fameux Cercle d’Or, le parc national de Þingvellir vaut également le coup d’œil…et le coup de pédale.
Les paysages sont toujours magnifiques, encore plus en cette journée ensoleillée. Et la signalétique pose sur le chemin des challenges toujours excitants… Unlocked!
Je m’amuse à visiter une énième cascade répondant au doux d’Öxarafoss et surtout à rouler sur un singletrack longeant la fameuse faille de Silfra.
Au loin de nouvelles fumées m’attirent vers la centrale géothermique de Nesjavellir. La routes est somptueuse.
Le froid et l’heure tardive font passer la randonnée prévue aux oubliettes. Une pause violacée crée un peu de douceur dans mon organisme.
Un bain de soleil bienvenu me conduit ensuite jusqu’au cratère de Kerið.
Il s’est éteint depuis longtemps. Et cette fois le soleil se couche pour un moment. Je claque des dents.
Allez! Encore 25 kilomètres sur la grosse route, à peine plus que mon trajet habituel pour retrouver mes chers collègues et élèves chaque matin.
Un dernier bol de riz chaud à la fermeture d’un kebab met un point d’orgue à cette tournée illuminée entre faille, lac, fumée et cratère.
Le lendemain, une pure journée de soleil pour un jour de « repos » (encore!) à Hveragerði… « bains chauds » en islandais.
Un temps idéal pour laisser respirer mon accoutrement, mon corps et mon esprit…attiré une nouvelle fois par des fumées au loin.
Sacoches déposées, j’emprunte la voie menant à Reykjadalur. J’ai l’impression de conduire une mobylette sur ce sentier aux passages parfois très raides. La magie du voyage à vélo qui te sèche et te donne une force certaine… à condition de ne pas trop en faire.
Un splendide singletrack roulé avec des lumières orangées. Le trafic pédestre est réel mais je savoure déjà l’idée de mon retour sur la même trace…en roue libre. Pauvres piétons.
Au terme de l’ascension, c’est le moment de profiter d’un bain naturel dans ces sources d’eau (très!!!) chaudes. Il aura fallu quelques minutes pour atteindre le niveau du nombril dans un premier temps :)
Malgré l’affluence touristique certaine, moment de plénitude dans ce décor magique transcendé par une belle météo. Je termine la découverte du spot par un petit détour cyclo-pédestre pour trouver quelques prises de vue sympathiques.
Dégonflage des pneus et en avant toute pour une belle dégringolade! Ces sensations me rappellent mon amour du VTT. Bien que limité avec mon destrier rigide et lourd malgré mon chargement déposé, l’instant est si plaisant! Je rejoins le camping avec la banane!
Le jour suivant, après une (longue) session d’écriture matinale, j’entends enfin rejoindre Reykjavik.
Une dernière valse sur une route sauvage se conclut par un échec… Trop de sable. Machine arrière toute!
Un bref aller-retour pour retrouver la grande route bitumée qui longe la côte, vent de face bien sûr. Avant un nouvel aller-retour pour visiter cette fois une inattendue église sur ma route.
Le moment de respirer et de prendre la mesure de tout ce chemin parcouru en Islande. Derrière le pas de porte, une chaleur accueillante, un silence divin, pour une prière ici à Strandarkirkja.
Je n’ai pas bouclé de boucle mais je crois que j’ai juste suivi le « bon » sens et cela me suffit et me comble.
Le regard de cette statue m’invite encore à voir plus loin pour les mois à venir.
Pour l’heure, je rigole en constatant que mon dernier changement de cap vers le Nord, pour rejoindre la capitale, ne sera pas le sens du vent. Enfin, le bon, tu me suis?
Heureusement, la beauté de ces paysages de Reykjanesfólkvangur à la lave figée et aux lueurs encourageantes me portent pour ces derniers kilomètres à parcourir sur cette île nordique.
Les émotions refont surface aussi. A mesures des courbes, je revois le fil de ces dernières semaines qui défilent dans mes pensées.
Bientôt le moment d’y poser un point… Au point final, je préfère largement le point virgule qui ouvre à d’autres perspectives…sans oublier celles du passées.
Le regard posé sur une réalité qui se confond très souvent en rêve depuis mon départ, il y a un moment déjà.
L’arrivée nocturne à Hafnarfjörður en périphérie Sud de Reykjavik est plutôt perturbante. La (mauvaise) qualité de l’air est la première chose qui me prend à la gorge.
Pour le reste, son jeu de bruits, de lumières, d’impasses, de labyrinthe urbain n’est guère la tasse de thé rêvée pour conclure ma chevauchée, fatigué.
Cela n’enlève toutefois en rien à la satisfaction d’atteindre ce point stratégique du voyage.
Je rentre dans un « autre monde ». A moi d’y trouver ma place pour quelques jours.
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